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Tout savoir sur le tourisme mémoriel

Le tourisme mémoriel, que l’on appelle aussi tourisme de mémoire, est une forme assez particulière d’activité touristique. En effet, il ne s’agit pas ici de voyager et de visiter des lieux pour son agrément. Dans le tourisme mémoriel, l’aspect purement divertissant passe au second plan. D’emblée, ce sont les dimensions historiques du lieu visité qui sont mises en avant. Grandes batailles historiques, attentats, guerres… c’est un tourisme qui est lié au deuil, au sacrifice et à la mort. D’ailleurs, le tourisme mémoriel ne se déroule pas exclusivement sur le lieu où l’action historique proprement dite s’est déroulée. Du mémorial du 11 septembre à New York aux sites de la bataille de Verdun, en passant par le cimetière du Père Lachaise, c’est une sorte de tourisme qui tend pourtant à gagner en popularité.

Le tourisme de mémoire, qu’est-ce que c’est ? 

D’après Dominique Trouche, auteure du livre « Les mises en scène de l’histoire », la visite des lieux de mémoire est « une alchimie entre les dispositifs de communication, le rapport à l’histoire, les enjeux liés à la mémoire, la marque d’une pratique sociale ​». Juste après-guerre, ces endroits furent d’abord des lieux de pèlerinage pour les familles de victimes. Il s’agissait alors de sites propres à l’action, comme l’endroit exact où s’était passé la bataille ou le massacre. 

Il est important de différencier le lieu de mémoire du lieu d’histoire dans le tourisme mémoriel. Un musée peut en ce sens être un lieu de mémoire, mais pas toujours un lieu d’histoire. Dans ce dernier, on y retrouvera plus une notion de commémoration que de pèlerinage. Ainsi, les visiteurs y viennent pour se rappeler ou apprendre, mais aussi dans la nécessité de tirer des leçons du passé. D’ailleurs, jusqu’à la fin des années 1970, le parcours muséographique qui accompagnait la visite de ce type de tourisme mémoriel finissait souvent par une injonction à se souvenir : la visite se concluant par un « plus jamais ça ​».

L’évolution du tourisme de mémoire

Le tourisme de mémoire n’est pas un phénomène nouveau. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, l’afflux de pèlerins à Verdun impliquait déjà l’édition de guides et de cartes postales. De même, après la Seconde Guerre mondiale, Oradour-sur-Glane et le camp de Natzweiler-Struthof faisaient partie d’une série de visites culturelles que beaucoup se devaient d’effectuer. 

Aujourd’hui, en France et majoritairement en Europe, le but affiché de la plupart de ces lieux de tourisme mémoriel est de permettre au public de comprendre l’histoire le plus objectivement possible. L’effort est donc mis sur la qualité du propos historique, pédagogique et sur la mise en œuvre des outils de médiation. Les expositions, des ateliers, les audioguides, les livrets de visites et autres applications multimédias prouvent que la dimension pédagogique est avancée comme essentielle.

Qui sont les « touristes » de mémoire ?

S’agissant de tourisme mémoriel, le terme de touriste n’est pas vraiment approprié, celui de visiteurs semble plus adéquat. Et on peut les distinguer en trois catégories.

Il y a d’abord les personnes ayant un rapport personnel avec le lieu, qui y ont vécu un événement traumatique personnel, ou étant descendants de victimes ou d’acteurs de l’événement. 

Ensuite viennent les visiteurs motivés par une démarche scientifique ou pédagogique. Les voyages d’études vers les lieux de mémoire ont tendance à augmenter en nombre. Et notamment en ce qui concerne la période de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit là d’un comportement adopté en réaction au vide mémoriel qui menace après la disparition des témoins directs. Le chiffre de 1,4 million de visiteurs par an à Auschwitz est pour le moins éloquent. 

À cela s’ajoute la troisième catégorie, les personnes qui visitent le lieu en tant qu’attraction touristique ou culturelle. Et ces « pratiquants du tourisme mémoriel » méritent une attention toute particulière. En effet, on est ici à la frontière entre dark tourism et tourisme mémoriel. Ce tourisme a tendance à se développer autour de lieux où des massacres ont été commis. Une des versions plus spécifiques est le « Holocaust tourism » où des agences amènent les visiteurs vers des lieux liés à la Shoah. Alors que les chiffres de fréquentation des lieux de mémoire ne cessent d’augmenter, l’événement historique dont il témoigne, lui, s’éloigne… 

Les acteurs du tourisme mémoriel estiment qu’il a encore de belles années devant lui, s’il sait se tourner vers la jeunesse. Pour maintenir la transmission sans déformer les choses et la réalité, tout en intéressant les plus jeunes. L’offre culturelle proposée dans ces lieux de mémoire évolue donc en fonction de la distance prise avec l’événement, mais aussi, et surtout, avec les nouvelles technologies qui permettent de créer des liens entre les jeunes, l’histoire et des valeurs à transmettre.

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