Tourisme religieux : un marché comme les autres ?

Le tourisme religieux : un marché comme les autres ?

Si le tourisme dit « de masse » est une réalité encore très présente, de nombreux marchés touristiques de niche se développent de plus en plus, comme le tourisme écologique, sportif, extrême, gastronomique ou fluvial. Parmi ceux-là, on compte également le tourisme religieux. D’un point de vue historique, les pèlerinages peuvent être considérés comme l’une des plus vieilles formes de migration touristique. Aujourd’hui, près de 6 millions de personnes viennent à Lourdes chaque année, ce qui en fait le 3e lieu saint le plus visité en Europe, après le Vatican et Fatima au Portugal. Or, au-delà de l’aspect spirituel, ces visiteurs représentent aussi un enjeu économique, car ils restent des consommateurs comme les autres. Le tourisme religieux serait donc solvable dans l’industrie touristique ? C’est une question tant philosophique qu’économique dont nous ne pouvons qu’aborder les contours ici.

Qu’est-ce que le tourisme religieux ?

Le tourisme religieux repose essentiellement sur l’idée de faire voyager des personnes afin qu’elles puissent se rapprocher d’un lieu consacré à la dévotion, à la mémoire, à l’apparition d’une présence ou à un endroit sacré ou important pour une tradition religieuse.

Si les pèlerinages sont dans leur plus stricte forme ce qui caractérise le mieux le tourisme religieux, le marché s’est considérablement élargi, avec deux grandes approches.

D’un côté, il existe des religions qui intègrent les pèlerinages et les retraites spirituelles en tant qu’élément normal de la pratique religieuse. C’est notamment le cas des catholiques, des musulmans et des bouddhistes, pour lesquels les organisations religieuses et communautaires à but non lucratif ont mis en place une structure pour faciliter les déplacements, avant que les acteurs privés ne s’y intéressent.

De l’autre, les religions pour lesquelles les pèlerinages ne font pas partie des prérequis ou des habitudes usuelles, mais où il existe une forme de tourisme de mémoire liée à la religion. C’est notamment le cas des pratiquants juifs et protestants susceptibles de visiter les sites et lieux de mémoire qui ont marqué l’histoire des religions.

Quel impact sur l’industrie du tourisme ?

Dans le cas de la France, le tourisme religieux est un secteur particulièrement développé. Celui-ci génère des flux économiques au même titre que le tourisme balnéaire, le tourisme d’affaires ou le tourisme thermal, entre autres exemples. Selon les données de l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), 20 millions des 90 millions de touristes viennent en France chaque année pour des motifs religieux. Il faut dire que la France dispose aussi d’un patrimoine conséquent avec plus de 50 000 édifices religieux.

Or, c’est là que se trouve une problématique intéressante en termes de classification et d’organisation. Un touriste qui visite une cathédrale, une abbaye, un temple ou une mosquée est-il un touriste religieux ? Quelle est la proportion des catholiques pratiquants parmi les 13 millions de touristes qui visitent Notre-Dame de Paris tous les ans ? Peut-on considérer que le fait de se rendre à Lourdes ou à Saint-Jacques de Compostelle est plus religieux que de visiter une église dans le cadre d’une visite guidée ? Comment faire la distinction entre tourisme religieux et tourisme culturel, ou tourisme de curiosité religieuse ?

La différence tient à l’organisation même du voyage et aux interactions entre croyants, lieux saints et professionnels du tourisme. Il est, en effet, impossible de travailler dans le tourisme religieux sans être soi-même disposé à respecter les contraintes liées à ce type de déplacement. Cela ne veut pas dire qu’il faille absolument être religieux pour travailler dans le tourisme religieux (sauf pour certains cas où les accès aux sites sont réservés aux croyants), mais la collaboration avec les institutions religieuses, le respect du temps consacré à la prière, au recueillement, aux pratiques et aux croyances doivent prévaloir sur toutes autres formes de considérations économiques ou organisationnelles.

Cela nécessite donc une approche différenciée pour les professionnels. On ne vend pas un séjour religieux comme un séjour all-inclusive dans un hôtel-club au bord de mer.

Les grands lieux du tourisme religieux dans le monde

Chaque grande religion dispose de ses propres lieux saints qui génèrent un flot continu de visiteurs, de touristes et de pèlerins. Tous les grands lieux du tourisme religieux ne sont d’ailleurs pas ouverts aux non-croyants.

  • Pour les catholiques : la basilique Saint-Pierre du Vatican est un lieu très important. Classée par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité, elle a été construite pendant les 16e et 17e siècles.
  • Pour les musulmans : la mosquée du Haram de La Mecque en Arabie Saoudite fut bâtie en 1570. Structure immense, sa cour peut accueillir plus de 2 millions de fidèles. C’est le lieu le plus vénéré de l’islam.
  • Pour les juifs : le Mur des Lamentations de Jérusalem, en Israël est le seul vestige du Temple de Jérusalem, lieu saint de la religion juive dès 957 avant notre ère. Le temple fut détruit par les Romains au 1er siècle.
  • Pour les hindous : les lieux saints sont nombreux, en raison du polythéisme de la religion, mais le temple de Vishvanâtha de Varanasi en Inde est l’un des plus importants. Situé à proximité du Gange, il accueille des fidèles qui se purifient dans l’eau du fleuve.
  • Pour les bouddhistes : le temple de la Mahabodhi de Bodhgayâ en Inde est un lieu très symbolique pour les fidèles, car il constitue l’un des quatre lieux saints associés à la vie du Bouddha et notamment à son Éveil.

Religion, tourisme et… business

L’image du tourisme religieux, pieux, simple et humble ne s’affranchit pas toujours très bien des contraintes capitalistiques d’une industrie mondialisée. Quelques exemples.

  • Les agences de voyages à caractère religieux : il existe de nombreux tour-opérateurs et agences de voyages qui se spécialisent dans l’organisation de pèlerinages et de visites religieuses. Certaines se contentent d’intégrer des lieux de cultes à leur programme, quand d’autres créent des offres complètes incluant repas hallal ou kasher, et adaptent le séjour pour respecter les rites religieux et les prières au cours du séjour.
  • Les retraites silencieuses : il est possible de passer plusieurs journées dans une abbaye pour faire voeu de silence et vivre comme le font les religieux depuis des siècles. Une démarche en phase avec les approches de développement personnel, de philosophie ésotérique et de retour aux valeurs dites « simples » afin de redonner du sens à la vie de ces touristes particuliers.
  • Les spectacles et activités qui surfent sur le ton religieux : entre patrimoine et religion, des églises accueillent des spectacles de son et lumière, et des parcs d’attraction ou de divertissements mettent en avant une certaine idée de la religion ou des valeurs qui y sont attachées. Aux États-Unis, les “megachurches” qui peuvent accueillir jusqu’à 2000 personnes personnalisent les activités où le prêche se transforme en “show” avec divertissements et musiques. À New York, le gospel dans les églises de Harlem devient même une attraction touristique populaire.
  • Produits dérivés : les exemples sont nombreux, mais le plus frappant est la figurine Playmobile de Martin Luther sortie à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme protestante en 2017. Une édition spéciale vendue avec une carte touristique de l’Allemagne écoulée à 750 000 exemplaires.

Sur le marché du tourisme religieux, le marketing et ses valeurs associées restent indispensables pour commercialiser les offres et trouver son public. Un travail qui nécessite pourtant de respecter l’équilibre fragile entre nécessité économique et besoin spirituel.

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