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Les plus gros « fails  ​» du tourisme

Winston Churchill disait que « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. ​» Pourtant, il y a des moments où les échecs sont si conséquents, qu’ils conduisent à une impasse. Hôtels sans clients, centres commerciaux sans commerçants, îles artificielles désertes ou aéroport fantôme : découvrons ensemble ces « fails ​» majeurs qui coûtent beaucoup, qui ne rapportent rien, mais qui sont néanmoins des leçons à connaître pour tous les professionnels du tourisme.  

Dubaï : des îles artificielles désertes

L’idée était pourtant originale et à la démesure de Dubaï : construire des îles artificielles qui formeraient une carte du monde ! Et, c’est en 2003 que la construction de ce nouvel archipel a démarré en plein cœur du golfe Persique. « The World » doit regrouper 300 îles privées et s’étendre sur une longueur de 9 kilomètres et une largeur de 7 kilomètres. La crise financière de 2008 va interrompre leurs naissances qui sont pour la plupart destinées au tourisme, ou prévues pour accueillir des habitations de luxe.

Sans reprise réelle depuis 2008, aujourd’hui, la construction de ce projet de très grande envergure est encore quasiment à l’arrêt.  À l’origine, l’un des buts premiers du projet fut d’augmenter le front de mer de Dubaï, qui ne dispose que de 67 km de côtes (contre 400 km à l’issue de la construction de « The World ​»). À ce jour, un tiers des îles n’a pas encore été vendu et seulement deux ont été développées. Résultat : une perte totale de 12,5 milliards d’euros.

Le South China Mall : le plus grand centre commercial du monde vide

Hu Guirong, un magnat chinois des nouilles instantanées, a entrepris d’apporter développement et emplois à Dongguan, sa ville natale, située à environ 90 km au nord de Hong Kong. Pour ce faire, il a investi 1 milliard d’euros dans la construction du plus grand centre commercial du monde. Le South China Mall a ouvert ses portes en 2005. Il s’agit d’un centre commercial pouvant accueillir quelque 2 350 magasins et devant recevoir 100 000 visiteurs par jour. Ses installations sont divisées en 7 zones, chacune consacrée à une région ou une ville du monde : Amsterdam, Paris, Rome, Venise, l’Égypte, les Caraïbes et la Californie. Parmi ses attractions, on trouve un canal de 2,1 km de long avec des gondoles, une reproduction de 25 m de haut de l’Arc de Triomphe de Paris, une imitation du Sphinx d’Égypte et un grand huit qui passe de l’intérieur à l’extérieur.

Mais le rêve a tourné au cauchemar. Au cours des premières années, le South China Mall a loué 10 % de sa surface commerciale et la tendance des années suivantes a été à la baisse. Il semblerait que la mauvaise communication du centre commercial et les grandes villes adjacentes de Guangzhou ou Shenzhen ont été un facteur déterminant dans ces résultats. D’autre part, le profil démographique de Dongguan, avec près de 10 millions d’habitants, est celui d’une ville de travailleurs immigrés à faibles revenus qui ne pouvaient pas répondre aux attraits d’un centre commercial orienté vers un public haut de gamme.

L’hôtel Harmon : détruit avant de recevoir son premier client

La construction de l’hôtel Harmon à Las Vegas a commencé en 2007. Le projet était de construire une tour elliptique de 47 étages avec 400 chambres d’hôtel et 207 copropriétés idéalement situées à côté de l’hôtel Cosmopolitan. Hélas, un an plus tard, alors que l’avancée des travaux en était à son 24e étage, des défauts de construction ont été découverts. 

La construction a dû être complètement abandonnée avant que la décision de démolir l’édifice soit prise en 2013. Si on estime que la construction de l’hôtel Harmon a coûté 275 millions de dollars, le démonter a coûté 173 millions de dollars. En raison de la proximité de la tour avec d’autres structures, une implosion moins coûteuse a été jugée invraisemblable. Il a donc fallu la démonter étage par étage. Au final, entre la construction, les expertises, les procédures juridiques et la démolition, le prix de l’hôtel Harmon a atteint les 500 millions d’euros, sans jamais voir l’ombre d’un client ou d’un habitant. 

L’aéroport Mirabel de Montréal : du miracle au mirage

À la fin des années 1960, l’augmentation du trafic aérien incite le gouvernement fédéral canadien à construire un nouvel aéroport pour délester celui existant de Montréal jugé trop petit et n’offrant pas de possibilités d’extension en raison de son implantation dans une zone urbaine. Construit en un temps record de 5 ans au coût de 500 millions de dollars, le nouvel aéroport de Mirabel est prêt à temps pour les Jeux olympiques d’été de 1976. 

Sa construction entraîna des expropriations majeures et près de 10 000 personnes perdirent leurs logements. Alors que Mirabel devait être le principal aéroport de Montréal, il a été victime de la crise pétrolière des années 1970, de la concurrence de l’aéroport de Toronto et de problèmes de planifications puisqu’aucun moyen de transport rapide et direct n’existait entre les deux aéroports de la ville. Alors que sa fréquentation était en berne, il cessa complètement d’accueillir des passagers en 2004, moins de 30 ans après son ouverture. En 2014, son aérogare est détruite, et les pistes de Mirabel sont aujourd’hui utilisées uniquement pour le transport de marchandises.

Les fails célèbres peuvent agacer, énerver ou amuser, mais ne laissent personne indifférent. Entre problème de gestion, mauvaise anticipation ou facteurs externes inattendus, ils restent toujours des cas d’école sur ce qu’il ne faut surtout pas faire pour réussir un projet d’envergure !

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