Tourisme et développement durable : l’impossible alliance ?

Polluant le tourisme ? Incontestablement. Un simple trajet en avion émet 40 fois plus de CO2 qu’un voyage en TGV, sans parler des impacts causés par l’urbanisation galopante des terres qui entourent les aéroports, les aménagements logistiques et les débats de société, comme on a pu le constater en France avec le cas de Notre-Dame-des-Landes. Pourtant, l’avion n’est qu’un des facteurs de l’industrie touristique. Il faut aussi prendre en compte le tourisme de masse qui change les règles du jeu et la lente croissance du tourisme durable qui tente de contrebalancer une situation complexe. Alors que le développement durable est désormais clairement affiché comme une priorité par les pouvoirs publics et les agences de l’ONU, il n’est pas encore naturel d’y associer le tourisme comme un facteur de progrès. Tourisme et développement durable : l’impossible alliance ? Explorons le sujet ensemble.

Le transport aérien : polluant et difficile à contourner

Si le transport aérien est une problématique importante, ce n’est pas la seule. Pour les trajets en avion – en particulier les transcontinentaux – il n’existe pratiquement aucune solution alternative. Pour réduire l’impact écologique des avions, la balle est davantage dans le camp des constructeurs que de celui des passagers. C’est ainsi qu’Airbus a développé son A320neo permettant un gain d’efficience en carburant de 15% par rapport aux habituels A320, ainsi qu’une réduction significative du bruit, ce qui bénéficie aux riverains des aéroports. Du côté des touristes, la solution serait de privilégier le train lorsque c’est possible, et de favoriser les vols directs, car les escales sont gourmandes en carburant, obligeant l’avion à décoller à deux reprises. Il existe également des initiatives visant à compenser financièrement ses voyages en avion, mais qui reste invérifiables, inutiles, voire qui ne constituent que des coups marketing sans réelle solution viable à long terme.

La gestion de l’eau : un choix cornélien

À côté des avions, la gestion de l’eau est tout aussi critique. En effet, elle est consommée en abondance par les hébergements touristiques pour le confort des touristes, entre piscine, spa et terrain de golf. Or, l’utilisation et le partage de l’eau entre les industries touristiques, agricoles, industrielles et la consommation des ménages pose question dans de nombreuses situations. Une étude citée dans un rapport d’Atout-France citait le fait que la consommation moyenne d’un touriste en Espagne est de 440 litres d’eau par jour, soit le double de la consommation des citadins espagnols.

 

Dans nos montagnes, le changement climatique nous a fait perdre en moyenne 25 jours de neige par an depuis les années 80. Les canons à neige prennent donc le relai et consomment un mètre cube d’eau douce pour générer deux mètres cubes de neige artificielle. Alors que leur usage ne cesse de s’accroître, c’est l’équivalent de la consommation en eau de 540 000 habitants qui se perd sur les pistes de ski. C’est même un dilemme pour certains maires qui doivent choisir entre l’or blanc et la consommation des habitants. La seule solution : s’adapter et se diversifier. S’il est difficile de se passer de l’activité touristique, il faudra développer d’autres solutions pour faire revenir les touristes, en plus du ski.

La préservation des espaces naturels : un défi titanesque

Les milieux les plus riches en biodiversité et les grands paysages naturels comme le Grand Canyon, les chutes du Niagara, l’Everest ou les récifs coralliens, sont aussi les plus attractifs pour le tourisme et paradoxalement, les premières victimes. Aux Maldives, le tourisme représente 41% du PIB, 20% des emplois et attire près 1,4 million de touristes dans un pays de 430 000 habitants. Autrement dit, les habitants n’ont d’autres choix que de se soumettre aux exigences du tourisme. Les îles de l’archipel sont d’ailleurs privatisées sur le modèle « one island, one resort » et 95% des émissions de CO2 du pays sont causés par les activités touristiques. Autant de données clés que la chaîne DataGueule synthétise avec brio dans son épisode « Tourisme, triste tropisme »

 

Préserver les espaces naturels est un enjeu de tous les jours, à la fois pour les territoires concernés, mais également pour les acteurs économiques impliqués. Or, l’argent dépensé par les touristes sur place n’est pas toujours utilisé pour favoriser le développement local. D’après le Cnuced (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement), seules 30% des dépenses touristiques en Thaïlande bénéficient aux locaux, 20% dans les Caraïbes et 15% en Afrique subsaharienne. On voit bien là les limites du développement touristique en tant que levier de développement économique.

 

Alors, quelles sont les solutions ? Elles ne sont pas encore claires, car elles impliquent de très nombreux acteurs. Face à un nombre de touristes qui augmente année après année – en raison notamment des nouvelles classes moyennes chinoises et indiennes – réconcilier tourisme et développement durable en est encore à ses balbutiements. Si le tourisme durable, écologique, local et les visites en circuit court font partie des pistes de réflexion, il reste encore beaucoup à faire.

 

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