Quel avenir pour le tourisme et les sports d'hiver avec le changement climatique ?
Publié le 12 janvier 2026
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Publié le 12 janvier 2026
Le tourisme de montagne est l’un des premiers secteurs à subir concrètement les effets du changement climatique. Hausse des températures, baisse de l’enneigement, saisons plus courtes et plus imprévisibles : le modèle historique des sports d’hiver est profondément fragilisé. À l’horizon 2050, la question n’est plus de savoir si le tourisme hivernal doit évoluer, mais comment il peut se réinventer durablement. Un sujet incontournable pour les futurs professionnels du tourisme.
Les données scientifiques convergent. Depuis les années 1970, le manteau neigeux des Alpes diminue d’environ 5,6 % par décennie, tandis que l’épaisseur de la couche de neige recule de plus de 8 %. Les zones de montagne se réchauffent deux fois plus vite que la moyenne mondiale, ce qui accentue la vulnérabilité des stations, en particulier celles situées sous les 1 200 mètres d’altitude.
D’ici 2050, de nombreuses stations de moyenne montagne pourraient ne plus être viables sans recours massif à l’enneigement artificiel. Cette dépendance accrue à des solutions techniques pose toutefois des limites économiques, environnementales et sociales.
La raréfaction de la neige affecte directement les revenus. Les périodes clés, notamment les vacances de Noël, ne bénéficient plus d’un enneigement garanti. Les chutes de neige se produisent plus tard dans la saison, rendant l’activité incertaine au moment où la demande est la plus forte.
Face à ce risque, les stations ont engagé une transformation progressive de leur positionnement, en cherchant à s’affirmer comme des destinations touristiques ouvertes toute l’année. Cette transition s’inscrit toutefois dans un contexte paradoxal : les transports, en particulier aériens, restent l’une des principales sources d’émissions du secteur touristique.
L’utilisation des canons à neige constitue aujourd’hui l’adaptation la plus répandue pour réduire la dépendance aux précipitations naturelles. Elle permet de sécuriser partiellement les saisons, mais au prix de contraintes majeures.
Les enneigeurs représentent environ 25 % des émissions carbone d’une station. Leur fonctionnement est limité par les conditions climatiques : au-delà de 1 °C ou par temps humide, ils deviennent inefficaces. À cela s’ajoutent des besoins considérables en eau et en énergie. Des travaux de recherche ont montré qu’une hausse pouvant atteindre 79 % de la demande en eau dans les stations situées sous 1 800 mètres d’altitude pourrait engendrer des tensions avec les usages locaux.
Consciente de ces enjeux, l’industrie du ski française s’est engagée collectivement. En 2020, 238 stations se sont accordées sur seize engagements environnementaux, avec un objectif affiché de neutralité carbone à l’horizon 2037. Parmi les mesures mises en œuvre figurent le démantèlement des remontées mécaniques inutilisées et le réensauvagement de certains sites.
Cette mobilisation collective, portée notamment par Domaines Skiables de France, constitue une singularité à l’échelle internationale et illustre la volonté du secteur d’anticiper plutôt que de subir.
Au-delà des ajustements techniques, c’est le modèle économique même des stations qui évolue. La diversification des activités vise à réduire la dépendance exclusive au ski alpin. Randonnée, sports d’intérieur, bien-être, tourisme d’affaires ou événements culturels permettent de lisser la fréquentation sur l’année.
Cette stratégie de « tourisme quatre saisons » n’est toutefois pas exempte de limites. Certaines activités restent sensibles aux conditions météorologiques, ce qui impose une réflexion fine sur la conception des offres et leur résilience face aux aléas climatiques.
Le Canada illustre une approche complémentaire. Selon Environnement et Changement climatique Canada, l’équivalent en eau de la neige pourrait diminuer de 5 à 10 % par décennie dans le sud du pays d’ici 2050. Cette perspective a conduit les autorités à repenser l’attractivité de l’hiver.
Plutôt que de se focaliser uniquement sur le ski, le pays mise sur des expériences distinctives. Les aurores boréales figurent en tête des attentes des touristes internationaux, au point de devenir un motif de voyage à part entière, comme le souligne Destination Canada. À cela s’ajoutent les hébergements insolites, l’escalade sur glace, le vélo d’hiver, les croisières en brise-glace sur le Saint-Laurent ou encore la mise en valeur des cultures autochtones.
Les grands événements, tels que le Carnaval de Québec ou l’Igloofest, jouent également un rôle structurant dans cette stratégie en proposant une alternative culturelle et festive au séjour de ski classique.
Le changement climatique impose une transformation profonde des compétences et des métiers du tourisme. Les futurs professionnels devront concevoir des offres moins dépendantes des conditions naturelles, intégrer les enjeux environnementaux dans les stratégies de développement et repenser l’expérience client autour de la notion de sens et de durabilité.
La capacité à innover, à gérer le risque climatique et à valoriser les spécificités territoriales devient un facteur clé de compétitivité.
Le tourisme des sports d’hiver n’est pas condamné, mais il ne pourra perdurer sans une remise en question de ses fondements. La baisse de l’enneigement marque la fin d’un modèle standardisé centré exclusivement sur le ski. L’avenir du tourisme de montagne repose désormais sur la diversification, l’expérience et la responsabilité environnementale. Une transition qui doit être pensée dès aujourd’hui pour construire des destinations résilientes à l’horizon 2050.