Covid-19 : les aéroports sont-ils en train de mourir ?

Si tous les secteurs de l’économie sont touchés par la pandémie de covid-19, celui de l’aviation est l’un des plus concernés. Toutes les compagnies aériennes ont réduit leurs vols de 80 à 90% et ont, pour certaines, procédé à des licenciements massifs en attendant que leurs clients reviennent. Mais cette situation n’est pas, non plus, sans conséquence sur les aéroports. Ces méga-infrastructures sont également directement impactées par la pandémie. Or, ce sont des bâtiments qui sont coûteux à construire, longs à rentabiliser et surtout difficiles à adapter à d’autres usages. D’où une question simple : les aéroports se remettront-ils du covid-19 ? Et si oui, comment vont-ils s’adapter au monde d’après ?

Le précédent du 11 septembre 2001

Pour prédire le futur, il est toujours bon de se replonger dans le passé. Or, la crise actuelle est d’une ampleur inédite. Le précédent le plus proche de nous serait les attentats du 11 septembre 2001 pour deux raisons : l’incertitude qui s’est emparée du transport aérien et la transformation vécue par les aéroports avec un renforcement massif de la sécurité.

Lorsque les vols reprendront – car ils vont reprendre, même si l’échéance est indéfinie – rien ne sera plus comme avant, et là où le 11 septembre a imposé des changements sécuritaires dans les aéroports, le coronavirus pourrait bien imposer des changements sanitaires de grande ampleur. Et par là même, accélérer l’obsolescence de bâtiments, d’installations et de structures dont la durée de vie est déjà courte.

 

Pour les architectes et les concepteurs d’aéroports, une chose est sûre : le Covid-19 va rendre leur travail beaucoup plus difficile. Après le 11 septembre, l’agencement de tous les aéroports commerciaux a dû être profondément modifié pour s’adapter aux nouvelles procédures de sécurité, puis modifié à plusieurs reprises à mesure que de nouvelles menaces apparaissaient. Mais que faire pour maintenir une contagion invisible hors des terminaux des aéroports et des avions de ligne, quand le seul remède – en l’absence d’un vaccin – reste la distanciation sociale ?

Des infrastructures qui doivent évoluer constamment… mais qui ne sont pas faites pour

Les aéroports sont des structures qui vieillissent mal. Pensés à partir des années 60, ce sont des lieux relativement fixes, stables et peu évolutifs. Et quand ils le sont, c’est surtout pour répondre à l’évolution structurelle des avions. Dans les années 60, un avion accueillait une centaine de personnes. L’A380 en accueille 8 fois plus. Et même si sa production a été stoppée, les terminaux se sont adaptés pour faire plus de place pour des avions plus gros avec plus de passagers. Des changements de fonds, souvent anticipés, et qui se répercutent sur les zones d’attente, les zones de sécurité, les offres commerciales et les installations de traitement des bagages.

 

L’aéroport international John F. Kennedy de New York en est le meilleur exemple. Il disposait d’une architecture particulière pour chaque terminal, chacun d’entre eux étant conçu uniquement pour des compagnies aériennes particulières. Construit en 1970 pour National Airlines, le terminal 6 (surnommé le Sundrome et conçu par l’architecte de renommée mondiale Ieoh Ming Pei) a finalement vécu moins de 40 ans. Vacant en 2008, il fut démoli en 2011. Même chose pour l’iconique Worldport de la Pan-Am reconnaissable à sa forme de soucoupe. Construit en 1964, il fut détruit en 2013.

 

Les mesures requises par le covid-19 pourraient avoir des impacts considérables – sinon similaires –  en particulier s’il faut apprendre à vivre avec le virus pendant de longues années. Garder un espace de deux mètres entre deux passagers nécessiterait de doubler, voire de tripler les comptoirs d’enregistrement. Même chose pour les salles d’embarquement. Aucun aéroport n’y est prêt. Pourtant, les choses évoluent. On parle aujourd’hui de « future-proofing« . C’est un terme utilisé dans la conception des aéroports, pour essayer de créer des espaces en imaginant des utilisations futures imprévues. Pour cela, il est nécessaire, par exemple, de simplifier la structure extérieure du bâtiment, en abandonnant le béton au profit de l’acier, plus facile à couper et à adapter. Mais on ne construit pas un nouvel aéroport en 6 mois.

À quoi peut ressembler l’aéroport du futur ?

Pour des questions sécuritaires ou sanitaires, les aéroports doivent miser sur la modularité. Pour y parvenir, c’est une notion qui doit s’intégrer dès la conception, ou dans tout projet de rénovation. On imaginait l’aéroport du futur comme un lieu expérientiel et hautement technologique. Une sorte de ville dans la ville où les voyageurs du monde entier pourraient transiter, dormir, manger, passer du temps, vivre des expériences, etc. Or, le Sars-Cov-2 pourrait bien être le grain de sable dans cette vision. Quand on parle de l’aéroport du futur, on pense désormais plutôt à :

 

  • Augmenter les zones d’attente et créer de nouveaux espaces hautement modulaires pour gérer les flux de circulation.
  • Automatiser toutes les interactions avec les passagers, y compris l’enregistrement des bagages.
  • Répartir la demande par une gestion plus fine des créneaux horaires pour limiter les interactions sociales.
  • Fluidifier et automatiser le système de sécurité.
  • Limiter l’entrée des terminaux uniquement aux passagers munis d’un billet
  • Améliorer le système de ventilation des bâtiments.
  • Robotiser le nettoyage et l’assainissement de tous les lieux communs.
  • Enregistrer ses bagages à la maison pour imprimer et coller soi-même les étiquettes afin de réduire le temps de traitement.
  • Investir dans des technologies sans contact : reconnaissance vocale, vérification des documents d’identité par scanner sans contact, dispositifs utilisant le mouvement de la tête comme alternative au toucher physique d’un écran, etc.

 

Indispensables mais souvent méconnus, les aéroports jouent un rôle central dans l’organisation du voyage aérien. La manière dont ils pourront s’adapter au covid-19 jouera un rôle crucial dans la capacité du trafic aérien à pouvoir reprendre de manière graduelle. Et pour rendre adaptable l’inadaptable, il faudra explorer toutes les possibilités et développer ses capacités d’innovation.

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