FR | EN

Le grand retour des trains de nuit : tendance ou nostalgie ?

Le grand retour des trains de nuit : tendance ou nostalgie ?

Entre vestige du passé et transport du futur, le train de nuit est passé par toutes les étapes au cours de sa longue vie qui a commencé au milieu du 19e siècle. Train autrefois lent, chaotique et inconfortable, le train de nuit revient lentement à la mode. D’ici 2024, ce sont même six nouvelles lignes qui vont être créées en Europe. Alors que la stratégie française en matière de transport ferroviaire a été de tout miser sur la grande vitesse, supprimant un à un la plupart des trains de nuit, il semblerait qu’elle fasse soudainement machine arrière. Fin 2020, la SNCF et ses partenaires européens ont dévoilé une nouvelle carte prévue dès 2021, permettant notamment de relier Paris à Vienne ou Zurich à Amsterdam. Un futur brillant pour un train initialement sans avenir.

Le train de nuit : un artefact du passé qui revient sur le devant de la scène

C’est à partir des années 50 que les trains de nuit se développent en France. Ce sont des lignes souvent saisonnières qui desservent les grandes destinations touristiques. De 1965 à 1980, leur trafic double et la part des trains de nuit dans le trafic voyageurs de la SNCF passe de 12 à 16 %. À partir des années 80 et 90, le TGV changera les règles du jeu et contribuera à marginaliser les trains de nuit, tout comme le manque d’entretien et d’investissements, la suppression du service militaire, et la démocratisation des compagnies aériennes à bas coût. Aujourd’hui, seules deux lignes fonctionnent encore. La ligne Paris-Briançon et celle reliant Paris à Latour-de-Carol dans les Pyrénées-Orientales. Des liaisons qui coûtent très cher : un rapport de la Cour des comptes estime que les trains de nuit ne représentent que 3% du trafic, mais 25% du déficit enregistré par les lignes Intercité. Le train de nuit est un marché de niche dépendant de la saisonnalité et dont les trajets sont très impactés par les travaux sur le réseau, principalement réalisés la nuit. Et pourtant, sa renaissance est proche.

 

Les trains de nuit reviennent sur le devant de la scène, en particulier grâce aux jeunes voyageurs. Ce sont des voyages peu coûteux et très respectueux de l’environnement. Ainsi, pour aller de Paris à Vienne, le train de nuit est quatre fois moins polluant que la voiture et six fois moins que l’avion. Moins cher et plus écologique, le train de nuit constitue aussi une expérience pour les voyageurs. Un changement de mentalité important où le voyage compte autant que la destination. Une enquête menée par la fédération nationale des associations d’usagers des transports révélait que 84 % des personnes interrogées considéraient que le train de nuit constitue une alternative pratique à l’avion pour gagner du temps, arriver de bonne heure à destination, économiser une nuit d’hôtel, et terminer son trajet directement en centre-ville.

Un futur train de nuit européen

Le renouveau du train de nuit sera européen. Ainsi, la France, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse travaillent ensemble à la création de nouvelles offres permettant d’offrir une alternative écologique au transport aérien ou automobile. L’Autriche est d’ailleurs en pointe sur le sujet. En 2016, ÖBB, la compagnie nationale, rachète les trains de nuit de la compagnie nationale allemande Deutsche Bahn qui juge cette activité non rentable. Les Autrichiens conservent 60% des liaisons de la Deutsche Bahn et développent le réseau. Aujourd’hui, c’est près d’une trentaine de lignes qui partent depuis l’Autriche. La ministre autrichienne de l’Environnement avait même déclaré vouloir « mettre l’accent sur la construction du réseau de trains de nuit et renforcer ce rôle de pionnier en Europe ». Vienne est desservie par plus de trains de nuit que toute autre ville du vieux continent. En France, les choses bougent aussi. Le ministre délégué aux Transports a annoncé la renaissance de deux lignes d’ici 2022 : Paris-Nice et Paris-Tarbes. La renaissance du train de nuit semble acquise, à condition de pouvoir innover.

Un marché à repenser et une offre à réinventer

Le train de nuit actuel reste inadapté à son développement. Il doit être totalement repensé de fond en comble, aussi bien au niveau des offres, que des trains, du confort, des cabines, et des lignes desservies. Le futur train de nuit franco-européen doit partir sur une nouvelle base. Terminé les compartiments vieillots à six pour dormir avec des inconnus ! Il faut moderniser les wagons, répondre aux nouveaux besoins et optimiser les trajets et les dessertes, de jour comme de nuit pour ne pas perdre d’argent. Un travail titanesque et coûteux qui nécessite aussi de nouveaux talents et des professionnels du tourisme capable de repenser le train de nuit. 

À l’ère du slow tourisme et du tourisme vert, nul doute que l’appétence du public pourrait être présente. Les trains de nuit représentent 20% du chiffre d’affaires Grandes Lignes d’ÖBB. Si les Autrichiens y sont parvenus, pourquoi pas les Français ? Seriez-vous prêt à relever le défi ?

Comments are closed.