Le dark tourism : un tourisme hors norme

Le dark tourism : un tourisme hors norme

Quel rapport y a-t-il entre Tchernobyl, Dachau, Oradour-sur-Glane, Ground Zero ou la forêt d’Aokigahara ? Tous ces sites n’ont pas bonne réputation, et pour cause : ils sont associés à la mort, à la souffrance ou à des catastrophes qui ont blessé et tué de nombreuses personnes. Mais, alors, pourquoi en parler sur un blog dédié au tourisme ? Tout simplement, car depuis plusieurs années, ils attirent des touristes d’un genre nouveau qui veulent toucher du doigt et ressentir cette réalité noire. Entre tourisme de mémoire et expériences extrêmes, bienvenue dans le monde du dark tourism

Qu’est-ce que le dark tourism ?

Le dark tourism, ou tourisme sombre, ou noir, est une pratique qui consiste à visiter des lieux associés de près ou de loin à la mort. Prenons l’exemple le plus emblématique avec Tchernobyl qui est le site du pire accident nucléaire de l’histoire qui s’est produit en 1986 en Ukraine. En 2017, ce sont près de 50 000 visiteurs qui se sont rendus sur les lieux, généralement accompagnés de guides et d’un compteur Geiger afin de mesurer le taux de radiation. C’est ainsi que l’agence Chernobylwel.come propose des visites de 1 à 5 jours, en groupe ou de façon privée, avec des prix allant de 119 € à 419 €. 

Quand on parle de tourisme associé à la mort, on pense aussi au tourisme lié à la guerre. Et c’est là où la frontière est parfois poreuse entre dark tourism et tourisme de mémoire. Pourquoi va-t-on visiter Verdun, le village d’Oradour-sur-Glane ou le camp de concentration d’Auschwitz ? Pour rendre hommage ? Pour se souvenir des sacrifices des soldats et des souffrances endurées ? Pour se dire « plus jamais ça ​» ? Ou pour s’approcher des pires atrocités que les hommes sont capables de s’affliger entre eux ? Et que dire de ces selfies égocentriques partagés sur les réseaux sociaux de ces jeunes qui visitent Auschwitz et qui ont déclenché une vague d’indignation ? 

Le dark tourism est protéiforme par nature, car il dépend beaucoup de la vision des touristes. Plus la catastrophe est récente, moins l’offre touristique est structurée et plus le site attire les curieux. Ainsi, peu après les attentats du 11 septembre 2001 à New York, Ground Zero était devenu un lieu à voir, comme pour se rapprocher du drame et effleurer la tragédie. Ou simplement tenter de comprendre l’incompréhensible sur un lieu où ont péri près de 3000 personnes. Aujourd’hui, un musée et un mémorial encadrent cette expérience touristique. Ce qui pouvait être du dark tourism s’est transformé en un tourisme de mémoire encadré, guidé et intégré dans tous les guides touristiques de la planète. Et c’est peut-être cela la spécificité du dark tourism. Il est insondable, impalpable, et cultive son côté underground. On s’échange les bonnes adresses dans des forums obscurs, et dès qu’un site devient trop populaire, il change de statut.

En réalité, le dark tourism se nourrit surtout d’événements récents. On ne considère pas que visiter un château fort ou un champ de bataille du moyen-âge où ont pu se dérouler les pires horreurs (torture, emprisonnement expéditif, guerres, etc.) soit une forme de tourisme noir. C’est un tourisme historique ou patrimonial pour lequel on prend énormément de distance par rapport aux événements qui se sont produits, parce que ces derniers se sont déroulés il y a plusieurs siècles.

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