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Le Boeing 737-MAX 8 bientôt de retour dans les airs. Faut-il s’en inquiéter ?

Le Boeing 737-MAX 8 bientôt de retour dans les airs. Faut-il s'en inquiéter ?

346 morts et 20 mois d’attente.

C’est, en substance, les deux statistiques les plus impactantes qui concernent le Boeing 737-MAX 8. Rappelons brièvement les faits : le 29 octobre 2018, un appareil de la compagnie Lion Air, reliant Jakarta à Pangkal Pinang (Indonésie), s’abîme en mer de Java 13 minutes après le décollage. Quelques mois plus tard, le 10 mars 2019, un autre Boeing 737-MAX 8 de la compagnie Ethiopian Airlines, à destination de Nairobi, s’écrase au sol dans des conditions similaires, 6 minutes après avoir décollé de l’aéroport d’Addis-Abeba. Un avion flambant neuf qui avait été livré quatre mois auparavant. Suite à ces accidents, tous les 737-MAX sont cloués au sol et une longue enquête commence. 20 mois plus tard, la levée de l’interdiction est prononcée par la Federal Aviation Administration (FAA) après les changements apportés par le constructeur.

Bien sûr, vous ne lisez pas un blog consacré à l’aéronautique, mais la question va au-delà de l’aspect technique, car les compagnies aériennes représentent des employeurs de choix pour les professionnels du tourisme. La question est donc de savoir quel sera l’avenir de cet avion très présent dans les flottes des compagnies aériennes mondiales.

Une certification revue de fond en comble

Suite à l’enquête du régulateur américain, les causes des accidents semblent désormais connues et visent le système de prévention du décrochage impliqué dans les deux tragédies. Boeing et les compagnies aériennes qui utilisent le 737-MAX sont donc tenues d’installer des mises à jour logicielles, et de modifier le câblage des appareils avant qu’ils ne puissent voler à nouveau. Mais sa remise en service effective prend du temps, car il faut aussi de nouveau former les pilotes, et vérifier les appareils qui ont passé 20 mois au sol.

Néanmoins, la démarche de la FAA ne fait pas consensus et les familles des passagers tués à bord des deux vols affirment que l’avion est toujours inapte à voler dans une lettre adressée aux législateurs américains. Une démarche qui vient s’ajouter au rapport cinglant d’une commission du Sénat américain, critiquant Boeing et la FAA pour des manquements en matière de sécurité et de surveillance.

Le 737-MAX est pourtant un best-seller pour Boeing : il est nettement plus économe en carburant que ses prédécesseurs et c’est le type d’avion que les compagnies aériennes ont privilégié ces dernières années pour répondre à la demande croissante de vols sans escale pour les vols courts et moyen-courriers. Il sera important pour la confiance et l’image de Boeing que les premiers mois de vol soient exempts de tout problème majeur. Or, fin décembre, un vol de la compagnie Air Canada du 737-MAX 8 a été largement médiatisé en raison d’un problème de moteur qui a forcé les pilotes – alors seuls à bord – à atterrir d’urgence (et sans incident). La communication doit donc être gérée avec précision et l’avionneur américain connaît le sujet : en 2013, le Boeing 787 Dreamliner a été immobilisé au sol pendant quatre mois dans le monde entier en raison de la fumée se dégageant des batteries lors de deux incidents distincts. Les passagers n’étaient pas à l’aise à l’idée de prendre place dans l’avion pendant un certain temps, mais Boeing a réussi à surmonter rapidement la crise, et maintenant le Dreamliner est au centre des liaisons internationales exploitées par de nombreuses compagnies aériennes.

Un tempo différent selon les compagnies aériennes et les pays

Aux États-Unis, American Airlines devrait être le premier transporteur à utiliser le 737-MAX, et ce, dès le mois de janvier 2020 pour des vols reliant l’aéroport international de Miami et l’aéroport de La Guardia à New York. United Airlines vise plutôt le premier trimestre 2021, et Southwest Airlines, un important client de Boeing, a déclaré qu’il faudrait encore plus de temps pour remettre en service ses 34 appareils, évoquant le deuxième trimestre 2021. En effet, chaque compagnie doit mettre à jour ses normes, ses procédures de contrôle et de sécurité ainsi que la formation des pilotes.

C’est le Brésil qui a été le plus prompt, puisque la compagnie GOL (l’un des plus importants clients de Boeing) a été autorisée par l’agence de sécurité aérienne brésilienne de reprendre ses vols de 737-MAX dès fin novembre. Quant à la Chine où une centaine de 737-MAX sont cloués au sol, elle a été la première à interdire l’avion et sera sûrement la dernière à le réhabiliter. Enfin, en Europe, le travail se poursuit pour un retour de l’avion en 2021.

Pour Boeing, la pandémie de coronavirus a allégé la pression pour que l’avion reprenne du service rapidement. Alors que les vols sont réduits, c’est l’occasion, pour les compagnies aériennes, de se mettre à jour afin de réintégrer progressivement le MAX dans leur flotte dès que le régulateur donnera son feu vert. Elles peuvent ainsi se permettre de réintroduire progressivement l’avion, ce qui leur donne le temps de montrer aux voyageurs hésitants qu’il peut voler sans incident.

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