À quoi ressemblera le tourisme post-Covid ?

Coronavirus et tourisme ne font pas bon ménage. Depuis l’éclosion de la pandémie de covid-19 et sa propagation dans le monde, l’industrie touristique a été touchée de plein fouet. Et si l’on commence à parler de déconfinement, il y a peu de chance que le tourisme soit le premier concerné par ce sujet. En effet, à court terme, les professionnels du tourisme sont surtout en mode gestion de crise. Une étude de l’Organisation mondiale du tourisme a donné le ton : l’activité devrait connaître un recul de 20 à 30% en 2020.

 

Pour les entreprises concernées, le coup peut être rude. D’ailleurs, le syndicat patronal des entreprises du voyage a négocié auprès du gouvernement les conditions pour de nouveaux départs. Ainsi, l’ordonnance du 25 mars 2020 donne aux agences de voyages le droit de ne pas rembourser tous leurs clients afin de proposer des avoirs à la place.

 

Dans cette situation inédite, il faut tout de même tenter d’imaginer le futur. Car oui, le tourisme va repartir. Mais il risque d’être bien différent de ce que nous avons connu, au moins dans un premier temps.

Un tourisme qui misera avant tout sur la proximité

La reprise du secteur du tourisme sera sans aucun doute très progressive. Les gares et aéroports ne vont pas rouvrir leurs portes comme avant. Même chose pour les bars, les hôtels, les restaurants, et les grands lieux touristiques, car il faudra apprendre à vivre avec le coronavirus. Cela veut dire moins de déplacements et moins de grands rassemblements. Ce qui va repartir en premier, ce sera donc le tourisme de proximité. 

 

Pour les touristes, c’est l’occasion de réinventer leurs vacances. Pour les professionnels, c’est l’occasion de valoriser des territoires qui ne figurent habituellement pas sur les grandes routes touristiques. Certaines régions peuvent ainsi valoriser leur faible densité de population pour accueillir des touristes soucieux de se dépayser sans se mettre en danger. Et le tout, avec des exigences très affirmées en matière de propreté et de transparence sur le plan sanitaire.

 

En se concentrant sur la demande intérieure en priorité, la première étape de la reprise touristique pourrait donc se substituer à la demande touristique étrangère. Une situation loin d’être parfaite – notamment pour les grands lieux touristiques très dépendants du tourisme international – mais qui permet de relancer l’activité.

 

Qui dit proximité et recherche de lieux moins fréquentés, dit aussi développement à prévoir des voyages en voiture. Perçus comme étant moins risqués que les transports en commun, les road trips pourraient bien devenir la norme. Avec des touristes qui vont éviter les foules, les festivals et les grands rassemblements, le circuit individuel pourrait symboliser le tourisme post-covid de l’avenir.

Un tourisme qui devra redonner confiance 

Pour remettre en marche l’activité touristique, il faudra regagner la confiance des touristes. Or, étant donnée la volatilité et le haut degré de contagion du SARS-CoV-2, il sera nécessaire de créer des standards et des labels de qualité sanitaires. Si on évalue le nombre d’étoiles d’un hôtel ou d’un restaurant sur la qualité de la prestation, il serait logique que l’on voit émerger un nouveau standard sur le respect de critères sanitaires. Accueil des touristes, répartition des flux, désinfection des chambres, présence de gel hydroalcoolique, masques obligatoires, proscription des repas en groupe… il existe des centaines de leviers possibles pour les professionnels du tourisme.

 

En Asie, l’exemple de Singapour est intéressant. La ville-état prépare un label de qualité baptisé SG Clean que les entreprises du tourisme sont fortement incitées à obtenir. Elles doivent pour cela respecter des normes sanitaires élevées comme avoir un responsable sanitaire identifié, contrôler  la température et la santé des employés, avoir un dispositif pour l’accueil des fournisseurs, contrôler régulièrement la propreté et l’hygiène, prendre la température des clients, espacer les tables, limiter les files d’attente, etc.

 

Autre exemple, avec le cas d’AirBnB qui a mis en place de nouveaux protocoles pour les visiteurs. Ainsi les propriétaires sont encouragés à laisser un délai de 24 heures entre deux réservations pour limiter les risques de contamination, et nettoyer les lieux le mieux possible. Cette démarche est optionnelle, mais si le propriétaire s’engage à la suivre, elle apparaîtra dans sa fiche. Ainsi les touristes et visiteurs pourront choisir uniquement les lieux qui suivent ce protocole sanitaire grâce à un nouveau système de filtre au moment de rechercher sa prochaine destination.

Un tourisme nouvelle génération est-il possible ?

Faut-il profiter de cette pandémie pour se réinventer ? Est-ce que cela serait l’occasion d’inventer un tourisme en opposition avec les normes que nous avions connues ? Les impacts écologiques du tourisme ne sont plus à démontrer. Le tourisme de masse génère beaucoup d’argent, mais impacte durablement les écosystèmes locaux. Dans certaines villes qui souffrent du surtourisme, cela pourrait être l’occasion d’inviter un nouveau modèle. C’est le cas de Venise, par exemple, qui réfléchit à un système de quota beaucoup plus strict pour pivoter et inventer un nouveau modèle. 

 

Autre sujet qui peut sembler anecdotique : les influenceurs et blogueurs voyage se retrouvent obligés de ralentir ou de cesser leurs activités. Impossible de voyager alors que les frontières sont fermées, surtout pour celles et ceux qui faisaient du voyage un style de vie et leur principale source de revenus. À quoi ressembleront les instagrameurs voyage du futur ? Nul doute qu’ils pourront nous étonner par leur inventivité.

 

Le numérique a aussi une carte à jouer en digitalisant les ressources touristiques par l’organisation d’événements virtuels pour mettre en valeur les ressources culturelles et patrimoniales sans bouger de chez soi. Avec le confinement, de nombreux musées ont investi pour se rendre accessibles en ligne. Cette démarche pourrait donc se développer à grande échelle avec la réalité virtuelle et la réalité augmentée. Demain, nous pourrions peut-être faire un safari animalier dans son salon, juste après avoir vu les pyramides de Gizeh et être montés en haut de l’Empire State Building.

 

Nous n’avons pas de boule de cristal, et il est bien difficile de savoir à quoi ressemblera le tourisme d’après et quand celui-ci repartira. Pour autant, nous sommes à la croisée des chemins et tout reste à (re)construire. Et c’est peut-être ce qui est le plus excitant pour les futurs professionnels du tourisme qui pourront se démarquer par leur capacité de proposer des idées nouvelles, entre renforcement des règles sanitaires, digitalisation du tourisme et distanciation sociale.

Comments are closed.