À quoi ressemble Bali sans touristes ?

Haut lieu du tourisme, Bali est la destination touristique la plus prisée et la plus connue d’Indonésie. Il faut dire que ses paysages résonnent dans tous les imaginaires : rizières, montagnes, plages de sable blanc et eaux turquoises. Pourtant, cette île des Dieux et perle d’Indonésie n’a pas été épargnée par l’épidémie de coronavirus. Alors que le cœur de son activité est justement centré sur le tourisme, la fermeture des frontières et la réduction des voyages aériens ont porté un coup important à l’économie locale.

En mars 2020, l’Indonésie a interdit aux visiteurs étrangers de venir des pays les plus touchés avant d’étendre l’interdiction à tous les touristes étrangers. Deux mois plus tard, ce sont les touristes nationaux qui sont interdits à Bali. Et récemment l’interdiction a même été prolongée jusqu’à la fin de l’année 2020. Dans ce climat d’incertitudes et de doutes qui évolue régulièrement, Bali sans touristes s’interroge.

Un virage à 180 degrés du tourisme à l’agriculture

Sans touristes, les hôtels, spas, plages privées, restaurants et autres activités touristiques n’ont plus lieu d’être. Et puisque Bali dépend fortement du tourisme, ce sont alors des milliers de travailleurs qui ont été contraints par la pandémie de coronavirus de retourner dans leurs villages et retrouver leurs modes de vie traditionnels. Le pays a pourtant su faire preuve de résilience plus d’une fois dans son histoire récente : attentat à la bombe en 2002, épidémie de SRAS en 2003 et éruption volcanique en 2017. Mais l’épidémie de coronavirus a été la plus dévastatrice.

Les travailleurs du tourisme sont donc retournés dans leurs fermes familiales, pour aider à la plantation et à la récolte des cultures. D’autres nourrissent leur famille en pêchant des palourdes dans les eaux peu profondes de la baie de Benoa ou en jetant des lignes de pêche en mer depuis l’une des plages désertes de Bali. Un changement radical qui n’est toutefois pas sans soulever quelques espoirs pour les plus rêveurs. Ou comment passer d’une vision à une autre.

Bali : une dépendance au tourisme qui soulève des questions

Lorsqu’un secteur fonctionne bien et rapporte de l’argent, il est logique que la plupart des acteurs économiques s’y engouffrent. Or, en cas de crise, c’est tout un territoire qui se met en danger. Ce fut le cas en France dans certaines régions fortement dépendantes des mono activités industrielles à la fin des années 70 par exemple. Pourtant, dans le cas de Bali, il était difficile d’imaginer que la manne touristique pouvait prendre fin du jour au lendemain.

Plus de la moitié de l’économie de Bali dépend directement du tourisme. Avec six millions de touristes étrangers et 10 millions d’Indonésiens accueillis en 2019, Bali nourrit un écosystème touristique très important. Et cette dépendance est aujourd’hui remise en question. En cause : le besoin de diversifier ses revenus et son économie, et notamment en consacrant davantage de ressources vers une agriculture plus durable. Pour les Balinais, le choc est difficile à encaisser. Personne n’aurait pu anticiper ou imaginer la violence du séisme provoquée par le virus. Au cours des dernières décennies, l’île voyait le tourisme comme un revenu de base. Mais désormais, le tourisme n’est plus le seul secteur sur la table.

Alors, à quoi ressemblerait l’économie de Bali dans un monde post-covid ? Quelle vision pour un tourisme plus durable, responsable et respectueux des cultures locales ? Pour les plus convaincus, il faut « désoccidentaliser » le tourisme de Bali. Oublié la standardisation normative des grands complexes hôteliers internationaux. Repensé les activités touristiques à forte empreinte carbone. Bali peut créer une nouvelle ère pour son futur. Et en la matière, le covid-19 pourrait être un nouveau départ.

Déjà avant l’épidémie, les préoccupations liées à la durabilité du modèle environnemental s’affirmaient de plus en plus. Comment préserver les beautés naturelles de l’île, qui attirait chaque année un volume croissant de touristes ? Une des solutions réside dans la protection du caractère sacré culturel et spirituel qui devrait être maintenu à Bali afin de développer un tourisme plus respectueux. La question est donc de savoir si la Bali de demain doit redevenir un terrain de jeu pour un tourisme de masse ou s’il doit être engagé autour d’un projet touristique qui serve les populations locales.Le futur de Bali se réinvente aujourd’hui. Si un vaccin fait disparaître toutes les craintes liées au Sars-Cov-2, le monde de demain pourrait bien être celui d’hier. À moins que les autorités locales et les initiatives communautaires amorcent une nouvelle vision pour mieux conjuguer tourisme et impact environnemental. Dans tous les cas, c’est un chantier qui nécessitera une grande résilience et une capacité d’adaptation au changement significative.

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