Tourisme : est-ce que le confinement va accélérer l’adoption de la réalité virtuelle ?

La réalité virtuelle est une technologie dont on parle beaucoup depuis plusieurs années, même si elle a encore du mal à se démocratiser. Elle consiste à créer un environnement virtuel, immersif et accessible uniquement à partir d’un casque qui plonge son utilisateur dans un nouveau monde. Les mouvements physiques dans la vraie vie sont alors reproduits dans le monde virtuel. La réalité virtuelle est utilisable dans de nombreux secteurs d’activité (retail, immobilier, formation, gaming, etc.), et le tourisme n’est pas en reste. Alors que la confinement provoqué par la pandémie de covid-19 a mis tout le monde à l’arrêt, la réalité virtuelle devenait un moyen simple et rapide de voyager sans quitter son canapé. Et cette tendance pourrait même s’accélérer dans un monde qui se déconfine.

Une technologie immersive de substitution

Remplacer un voyage au bout du monde par une expérience en réalité virtuelle ? Les choses ne sont pas si simples. En effet, la réalité virtuelle (ou VR de l’anglais virtual reality) est une technologie très intéressante dans la phase de préachat, et en particulier pour choisir une destination, un hôtel, et avoir un aperçu des lieux incontournables à visiter. Mais il y a un grand fossé entre l’utilisation de la réalité virtuelle pour « tester » et le fait de traiter la VR comme la destination elle-même. Le problème principal est technologique : les casques de réalité virtuelle sont chers, lourds, peuvent provoquer des nausées et ne sont pas confortables à porter sur de longues périodes de temps (en général au-delà d’une trentaine de minutes, l’expérience devient déplaisante). Pourtant, cela n’empêche pas de nombreux professionnels du tourisme d’innover et d’expérimenter sur le terrain de la réalité virtuelle.

 

C’est, par exemple, le cas de la célèbre station thermale d’Arima au Japon qui fut fermée en raison du coronavirus. Un groupe de propriétaires de ryokan (des auberges traditionnelles et typiques du Japon) a ainsi publié sur YouTube des vidéos de leurs bains de sources chaudes en réalité virtuelle. Le but était d’aider les personnes confinées à vivre l’expérience qu’elles auraient pu vivre sur place. Pour cela, l’amateur de VR n’a qu’à s’installer dans son bain chaud avec son casque pour se détendre et profiter de l’expérience réelle… de façon virtuelle. 

 

Toutes les grandes destinations de la planète sont aujourd’hui accessibles grâce à la réalité virtuelle, du Machu Picchu, à une visite guidée de Londres, en passant par un saut en Wingsuit au-dessus de Dubaï. Si la réalité virtuelle est actuellement mise en avant dans la phase de pré-voyage, elle a également le potentiel d’avoir un impact sur l’expérience touristique après le voyage. En effet, les photos et vidéos sont indispensables pour se constituer des souvenirs. Mais avec la réalité virtuelle, on pourrait revivre les expériences vécues d’une nouvelle manière. Un champ d’expérimentation qui pourrait s’accélérer avec le déploiement graduel de la 5G.

 

Autre exemple d’utilisation : faire revivre des lieux historiques. Avec la VR, un château en ruines retrouverait sa splendeur. Les visiteurs pourraient croiser la cour du Roi-Soleil dans le château de Versailles. Et pour les amateurs de sensation forte, pourquoi ne pas aller plus loin et revivre les grandes batailles de la Première ou de la Seconde Guerre Mondiale ? Évidemment, la question du réalisme des scènes vient se poser, car cela soulève aussi des questions éthiques, morales et philosophiques.

 

Une technologie qui ne remplacera jamais un voyage

La réalité virtuelle fait rêver, car elle a un potentiel important. Mais un potentiel qui s’inscrit uniquement dans le parcours du touriste :

 

  • Avant le voyage : pour choisir sa destination de manière bien plus immersive que des simples photos ou vidéos.
  • Pendant le voyage : pour s’intégrer dans certaines expériences de visites ou de découvertes (musées, lieux historiques ou patrimoniaux, etc.)
  • Après le voyage : pour revivre certains événements et expériences particuliers (un saut en parachute, un survol d’un parc national, une rencontre avec des animaux sauvages, une plongée sous-marine, etc.).

 

Contrairement aux jeux vidéo qui sont aujourd’hui centrés sur des univers dits open-world, ou totalement ouverts, permettant à son personnage d’avoir l’illusion de la liberté, la réalité virtuelle reste très normée. On ne peut aller que là où le réalisateur du film en VR a décidé d’aller. Quelqu’un qui se rend dans un pays étranger peut décider où aller et quoi voir. Il vit des expériences, il échange avec des locaux, il ressent des émotions particulières qui sont liées au contexte. Autant de choses impossibles à traduire avec la réalité virtuelle. 

 

Il faut donc bien positionner la VR dans un cadre touristique : elle est utile pour complémenter un voyage, pour reconstituer des scènes impossibles à voir dans la vraie vie, pour se rendre virtuellement dans des lieux inaccessibles physiquement, et pour s’immerger dans une ambiance particulière pendant un laps de temps court. Elle n’est pas réservée aux geeks ou aux technophiles et peut être une expérience inédite et surprenante pour les touristes. À condition de l’intégrer au bon moment et de ne pas trop lui en demander !

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