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Réchauffement climatique : quel futur pour les sports d’hiver ?

À la montagne, lorsqu’on parle d’une « année hivernale blanche » ce n’est pas de gaieté de cœur ! En effet, il ne s’agit pas ici de la blancheur des pistes enneigées, convoitées par les skieurs du monde entier, mais bien d’une saison de sports d’hiver sans neige et donc souvent, sans touristes. C’est d’ailleurs ce que vivent, depuis quelques années maintenant, certaines stations de ski françaises directement impactées par les effets du réchauffement climatique.

Entre COVID-19 et réchauffement climatique : les sports d’hiver sous pression

 « Alors que la montagne se prépare à clore une deuxième saison hivernale tronquée par l’épidémie mondiale, et que le bilan des deux dernières années est quasiment blanc, elle fait l’objet au sein du gouvernement d’une considération toute particulière. » C’est en ces termes que Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’État au tourisme, a inauguré le salon Grand Ski, le 26 mars dernier. 

En effet, le ski demeure la base incontournable de l’économie touristique de la montagne. Et sans les sports d’hiver, les stations ont vu leur clientèle déserter les pistes, mais surtout les villages, les hôtels et les clubs. Pour autant, le compteur, lui, continue à tourner et d’après Christian Mantéi, président du conseil d’administration d’Atout France, « face à cette avalanche, s’il y a un enjeu de mutation nécessaire, il y a avant tout, un enjeu prioritaire aujourd’hui : celui de la résistance, il faut réussir à sauver notre offre ! »

Les professionnels du ski inquiets des effets du réchauffement climatique 

Les fermetures de stations décidées par le gouvernement face à la pandémie de COVID n’ont, en effet, été qu’un ajout supplémentaire à l’inquiétude des professionnels de la montagne. Car, déjà, lors du salon Grand Ski 2020 qui s’est tenu avant la mondialisation de la crise sanitaire, le réchauffement climatique était le sujet crucial incontournable. Les activités liées à la glisse en montagne étant de plus en plus touchées par ses effets. 

Si les pistes françaises, et en particulier celles situées dans les Alpes, sont la première destination mondiale des skieurs, la pérennité de l’activité se voit menacée par les changements climatiques importants de ces dernières années. Selon Christophe Chaix, météorologue et spécialiste de l’impact du réchauffement climatique sur le territoire alpin : « la hausse des températures est plus forte dans les zones montagneuses qu’ailleurs, et la limite pluie-neige, qui détermine l’enneigement d’une station, est passée de 1 200 mètres d’altitude dans les années 1960 à environ 1 500 mètres aujourd’hui ».

L’inquiétude des professionnels de la montagne qui sont situés dans les stations au-dessous de cette altitude est donc amplement justifiée, sachant que dans certains massifs montagneux de moyenne altitude, l’enneigement a même perdu 30% depuis 1990. Un sujet qui concerne aussi les pouvoirs publics, car même la Cour des comptes s’est associée à l’inquiétude des professionnels des sports d’hiver en décrivant l’impact du climat sur les stations françaises dans son rapport annuel 2018.

Les sports d’hiver se réinventent en vert…

Alors, est-ce que les sports d’hiver ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir ? Non, car les stations résistent et s’adaptent. Pour sauver le ski, les conditions climatiques ne semblent pas ralentir les investissements par centaines de millions. De plus en plus de stations s’équipent de canons à neige, mais les impacts sont considérables : il faut pulvériser 4 000 m3 d’eau (soit l’équivalent d’une piscine olympique) pour enneiger 1 hectare. Pour l’ensemble des pistes les plus menacées, c’est 28 milliards de litres d’eau ! Et là se pose la question des priorités : l’alimentation domestique, l’hydroélectricité, les cours d’eau qui, s’ils sont trop bas, menacent la biodiversité doivent-ils être sacrifiés pour le ski ?

 

Le fonctionnement global d’une station de ski nécessite un fort coût énergétique et un impact carbone élevé. Consommer moins et mieux est devenu inévitable, d’autant plus avec l’augmentation du prix des ressources énergétiques. Depuis quelques années, les stations font donc évoluer leurs équipements dans ce sens : installations de remontées mécaniques plus économes, développement de solutions de transport, création d’hébergements moins gourmands en énergie…

Mais, au-delà de cette problématique environnementale, des facteurs économiques et sociologiques s’ajoutent aussi, et interrogent les stations dans leurs stratégies de développement. Le vacancier qui vient en station uniquement pour skier n’existe plus. Il est désormais demandeur d’autres services, même si le ski est irremplaçable et indispensable. « Les stations se sont toutes un peu diversifiées dans le ludique et le bien-être ​», souligne Gilbert Blanc-Tailleur, président de l’Association nationale des maires de station de montagne (ANMSM). 

Depuis une centaine d’années, les Pyrénées ont perdu 85% de la surface de leurs glaciers. Alors, la région a investi dans la diversité, le tourisme vert et la découverte de la nature, comme les balades à pied ou en rennes, les randonnées en vélo électrique, le parapente, etc. Pour Guillaume Roger, directeur marketing et communication de N’Py, « la station du future sera, une station verte, avec des bâtiments totalement repensés et autosuffisants en termes d’énergie. » Et pour s’adapter aux effets du réchauffement climatique, elle « sera ultra animée et ludique, comparable à un parc d’attractions ». 

Une renaissance pour les stations malmenées par le climat pour pivoter vers d’autres activités ? C’est aux actuels et futurs professionnels du tourisme de le déterminer.

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