Quelles sont les grandes tendances du tourisme durable ?

1%.

C’est aujourd’hui la part du tourisme durable en France, selon une étude d’Harris Interactive reprise par la Casden. Une part qui peut apparaître comme négligeable, mais qui est pourtant très importante par ses impacts sur l’industrie du tourisme. 

Il faut dire qu’il y a urgence : la COP25 a souligné l’incapacité des pays à s’entendre sur une stratégie claire face au réchauffement climatique, alors que les experts confirment qu’il faut agir. Et le tourisme peut aussi être un vecteur pour tendre vers une approche durable et écoresponsable. Mais il y a encore beaucoup à faire, car développer le tourisme durable signifie aussi changer beaucoup de choses que l’on prenait alors pour acquis.

Réduire l’impact du voyage en avion

Quel meilleur symbole du tourisme que l’avion ? Le problème, c’est que le temps est désormais révolu où l’avion était considéré comme un progrès technique et un style de vie. Alors que la jeune activiste Greta Thunberg est nommée personnalité de l’année par le Time, les initiatives se multiplient. Au pays de Greta, on peut ainsi citer le « flygskam« , ou la « honte de prendre l’avion ​».

 

Il faut dire que l’avion est aujourd’hui le moyen de transport le plus polluant. Vous triez vos déchets ? Vous privilégiez la marche et les transports en commun ? Vous mangez bio et local ? Vous limitez l’usage du plastique à usage unique ? Tant mieux ! Mais un simple aller-retour en avion annule tous ces efforts fait pendant une année. Un problème qui est (presque) sans solution immédiate. 

 

Conscientes du problème – et de l’impact sur leur image de marque – les compagnies aériennes tentent de réagir, mais c’est encore timide. Résultat : elles encouragent les passagers à compenser leur empreinte carbone en finançant des initiatives destinées à planter des arbres, elles recommandent les vols directs (moins consommateurs en carburant), et certaines comme KLM, recommandent même de prendre le train sur certains trajets !

 

Du côté des constructeurs aériens, le temps n’est plus à la vitesse supersonique, comme à l’époque du Concorde, ou au transport de masse, comme le souligne l’arrêt de la production de l’A380 d’Airbus. On mise désormais davantage sur les économies d’énergie avec les remotorisations des avions existants, et la création de nouveaux avions plus efficients. Chez Airbus, c’est le A320 Neo. Chez Boeing, c’est le 737 Max. Hélas, deux accidents tragiques vont brutalement tout remettre en cause au sein de la compagnie américaine.

 

Si les solutions ne viennent pas que des compagnies aériennes ni des constructeurs, elles peuvent aussi venir des touristes eux-mêmes. Cela veut dire limiter les voyages internationaux, privilégier le tourisme local, prendre davantage le train et s’inspirer des bonnes pratiques du slow tourisme. Ces démarches peuvent alors pousser certains territoires locaux à se réinventer, voire à inventer une nouvelle offre touristique pour aller en dehors des sentiers battus. Un problème complexe qui ne pourra donc se résoudre que par un ensemble de solutions mises bout à bout.

Limiter le sur-tourisme

L’impact touristique peut être dévastateur sur certains environnements naturels et urbains. Venise, Dubrovnik, le Taj Mahal, Santorin, île de Pâques… ce ne sont que quelques exemples de lieux qui se sont fortement détériorés en raison de l’impact touristique ces dernières années. On peut aussi y ajouter les réactions des habitants excédés de Barcelone envers les touristes – et en particulier contre AirBnB qui contribue à augmenter les prix des loyers et à baisser les capacités immobilières – pour comprendre que le sur-tourisme est une situation problématique.

 

Le limiter n’est pas simple, car si réduire le nombre de touristes aurait un effet immédiat sur l’environnement, l’impact économique serait considérable. L’autre option consiste à imposer une taxe à l’entrée des lieux et sites à visiter, dont le montant serait investi dans l’éducation des touristes, la protection de l’environnement et la réhabilitation des sites. Avec là aussi, un autre risque : celui de créer un tourisme à deux vitesses. Les classes populaires et moyennes pourraient se voir exclues de certains endroits pour des questions de budget.

Créer un nouveau modèle

Plutôt que de bétonner les côtes et de faire toujours plus grand et plus massif, il est aussi possible de prendre le problème différemment : mieux répartir les touristes dans des lieux construits dans le respect de l’environnement. 

C’est déjà quelque chose qui existe mais qui doit se développer (cabanes dans les bois, tentes et yourtes, hôtels communautaires ou écoresponsable, etc.). On pourrait encourager l’hébergement durable par rapport aux hôtels traditionnels par le biais d’une taxation spécifique par exemple. Une étude de booking montre que 67 % des voyageurs seraient prêts à dépenser au moins 5 % de plus pour leurs déplacements afin de s’assurer que leur impact sur l’environnement est aussi faible que possible. Les voyageurs indiens se disent les plus disposés, près d’un tiers (32%) déclarant qu’ils paieraient 15% ou plus, suivis des Brésiliens (21%) et des Chinois (18%).

 

Une option pourrait être de créer un nouveau modèle où le respect de l’environnement prime sur la démocratisation touristique. Jusque là, les touristes sont surtout passifs (c’est-à-dire qu’ils viennent majoritairement pour profiter d’un lieu, s’immortaliser devant un symbole et poursuivre leur séjour). Ils pourraient devenir actifs et participer à leur séjour de manière concrète en donnant un peu de leur temps pour améliorer l’environnement local (participer à la construction d’un lieu, d’un chemin de randonnée, apprendre avec un guide animalier, se former aux techniques d’éco-construction, etc.). Quelques heures pour vivre une expérience, faire des rencontres et apprendre. Si, par exemple, vous aimez nager dans les eaux turquoises et vous reposer sur le sable, on peut aussi vous expliquer en quoi votre crème solaire tue les coraux et comment concilier tourisme et sensibilisation environnementale.

 

Le tourisme durable doit faire face à des situations complexes pour lesquelles il n’y a pas de recettes miracles. Néanmoins, la tendance de fond est là. Après le tourisme de masse des années 70 aux années 2000, on assiste à une prise de conscience nouvelle, en particulier de la part des nouvelles générations. Ainsi, sur les bancs des écoles de tourisme aujourd’hui, on trouve peut-être les futurs entrepreneurs capables de repenser le tourisme durable pour combiner écologie et économie.

 

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