FR | EN

Le tourisme de demain : regard d’expert Yann Le Goff

Alors que le secteur du tourisme, des loisirs et de l’événementiel a été l’un des plus touchés par la pandémie causée par le Sars-Cov-2, nous nous sommes interrogés sur le tourisme de demain. À quoi ressemblera-t-il ? Comment va-t-il évoluer ? Est-ce qu’il sera très différent du tourisme pré-COVID ? Pour imaginer le futur, nous avons consulté sept experts qui nous ont livré leur regard sur le sujet. Aujourd’hui, c’est Yann Le Goff, consultant, conférencier et intervenant à l’école de tourisme de Troyes qui nous livre ses impressions.

 

« Les obligations de résultat devront primer pour un tourisme expérientiel et personnalisé. ​» 

 

La pandémie a mis à l’arrêt le secteur du tourisme. Comment celui-ci va-t-il rebondir ?

 

Yann Le Goff : « Je pense que le tourisme grand public va rebondir très vite et très violemment. On le voit en ce moment avec la reprise des vols en Europe. Clairement, le tourisme de masse va repartir de plus belle et à prix cassés. Il y a d’ailleurs un vrai risque sur les destinations low cost qui peuvent se transformer en exutoire après 18 mois de pandémie. En revanche, je suis un peu plus inquiet sur le voyage d’affaires. Ici, on ne parle pas de dépense, mais d’investissement, car il y a une corrélation entre les euros dépensés et le chiffre d’affaires qu’ils doivent générer. La situation est encore fragile, et pas seulement pour les entreprises qui participent aux événements, mais aussi pour les acteurs du tourisme qui vivent des grands salons professionnels, des conférences, etc. Pourquoi investir des dizaines ou des centaines de milliers d’euros pour un événement alors qu’on s’en est passé au cours des 18 derniers mois ? ​» 

 

Comment les professionnels du tourisme ont-ils vécu cette période et quel sera leur futur ?

 

Yann Le Goff : « Ceux qui s’en sortiront le mieux dans le futur doivent être les professionnels capables de construire des offres à forte valeur ajoutée. Je parle ici d’obligation de résultat : avec des expériences à vivre, des spécialités à déguster, des paysages à voir, des personnes à rencontrer, etc. Alors que le digital est partout, l’humain n’a jamais été aussi important pour écouter, conseiller et servir, et ainsi garantir le côté exceptionnel du voyage. Le digital et les nouvelles technologies sont utiles pour se projeter ou faciliter la prise de décision, mais je vois ça avant tout comme une aide à la vente. ​»  

 

À quoi ressemblera le tourisme de demain ?

 

Yann Le Goff : « Les séjours risquent d’être plus fractionnés, plus courts et plus nombreux, avec en particulier une emphase sur le tourisme de proximité. On voit s’ouvrir des pays qui proposent des expériences authentiques et dans lesquels on n’avait pas l’habitude d’aller. C’est notamment le cas de la Macédoine, de Chypre ou de l’Albanie. La question du développement durable est aussi très présente. C’est un marché de niche, mais le tourisme communautaire ou durable peut attirer des personnes, comme celles qui veulent aller au Sri Lanka pour nettoyer les plages tout en résidant chez les habitants par exemple. C’est un peu élitiste dans les attentes, mais si c’est sincère, cela peut fonctionner. Je crois que le tourisme doit rapprocher les gens. Or, l’industrialisation les a déconnectés. Il y a les touristes, les multinationales et les locaux. Trois bulles qui ne se parlent pas. Enfin, la question du transport aérien va continuer à faire débat. Oui, l’avion est polluant, mais le trafic aérien va repartir. Les compagnies aériennes en ont conscience et travaillent beaucoup sur l’efficience de leurs processus, de la motorisation à une meilleure gestion du contrôle aérien pour consommer moins. Tout système a un impact. Il faut chercher à le réduire, mais on ne peut pas empêcher un touriste d’aller en Californie en avion, car il n’y a pas d’alternatives. ​»  

 

Quels seront les nouveaux métiers du tourisme d’ici 5 ou 10 ans ?

 

Yann Le Goff : « Les métiers du tourisme vont continuer à évoluer avec le numérique. Je crois à la valeur ajoutée. C’est-à-dire travailler avec un professionnel qui va m’éviter un échec dans mon expérience touristique. C’est un peu le même principe que le mariage avec le wedding planner. C’est quelqu’un capable de réagir vite, d’être responsable et de gérer pour moi. Cette valeur ajoutée, l’agence, qu’elle soit en ligne ou physique, doit la produire avec une forte personnalisation et une relation personnelle avec le client. Les acteurs du tourisme doivent être des spécialistes. De mon point de vue, il faut des experts verticaux par destination ou par catégorie (hôtellerie, divertissement, etc. ). Quelqu’un qui connaît les secrets sur place, qui sait ce qu’il faut faire et ne pas faire. Quelqu’un qui va vous dire d’aller à tel endroit plutôt qu’à un autre. L’expertise verticale apporte une sécurité qui rassure. ​»  

 

Est-ce que le tourisme de masse va survivre à la pandémie ? 

 

Yann Le Goff : « Clairement oui, et c’est un problème, car les infrastructures ne suivent plus. Le tourisme de masse me fait peur. C’est très perturbant pour l’écosystème, le coût est bas, les expériences sont intenses et totalement consuméristes. Il y a un manque total de régulation et de réactivité. La cohabitation est difficile entre touristes et locaux et il y a des effets de mode très perturbants, comme on a pu le voir récemment avec la série Lupin sur Netflix et la ville d’Étretat. Réguler le tourisme de masse est un équilibre fragile pour les pouvoirs publics, compte tenu du poids du tourisme dans l’économie. Heureusement, on assiste à une prise de conscience et des initiatives bienvenues comme le tourisme local et durable. Ça ne suffira pas à contrebalancer les impacts du surtourisme, mais c’est un premier pas. ​» 

 

Quels sont les territoires qui profiteront le plus du tourisme dans le futur ?

Yann Le Goff : « Je vois certaines destinations s’ouvrir de plus en plus, comme le Rwanda ou l’Arabie Saoudite par exemple. Les pays bordant la mer Adriatique se développent également rapidement et tendent à prendre des parts de marché à des pays historiquement bien implantés comme la Tunisie ou le Maroc. On peut aussi évoquer les pays scandinaves, toujours bien positionnés, et d’autres qui sortent de l’ombre comme le Tyrol italien ou la Russie qui ne se limite pas à Moscou et Saint-Pétersbourg. Pour les professionnels du tourisme, la question du marketing est essentielle. On parle de positionnement, de stratégie et de communication. Il faut vraiment prendre ces sujets en main pour développer le tourisme de demain, et varier les destinations et les possibles. ​»

Comments are closed.