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Le tourisme de demain : regard d’expert Emmanuel Parisot

Alors que le secteur du tourisme, des loisirs et de l’événementiel a été l’un des plus touchés par la pandémie causée par le Sars-Cov-2, nous nous sommes interrogés sur le tourisme de demain. À quoi ressemblera-t-il ? Comment va-t-il évoluer ? Est-ce qu’il sera très différent du tourisme pré-COVID ? Pour imaginer le futur, nous avons consulté sept experts qui nous ont livré leur regard sur le sujet. Aujourd’hui, c’est Emmanuel Parisot, ancien directeur d’Expedia, consultant et intervenant à l’école de tourisme de Troyes qui nous livre ses impressions.

 

« Dans le futur, je verrai un tourisme qui doit être mieux régulé et contrôlé. ​» 

 

Quel regard portez-vous sur la crise traversée par les acteurs du tourisme ?

 

Emmanuel Parisot : « Ce qui m’a marqué, c’est surtout sa soudaineté. Personne ne l’a pris au sérieux au départ, car dans l’histoire récente du tourisme, nous avons tous en tête le cas du H1N1 qui avait finalement eu peu d’impact sur le marché. Pour autant, je ne suis pas inquiet sur le fait que ça repartira, même si cela prendra du temps. Beaucoup d’acteurs du tourisme sont sous perfusion étatique et si les équilibres financiers risquent d’être difficiles à tenir dans un premier temps, à moyen terme, je reste confiant. ​»

 

Est-ce que les caractéristiques du tourisme pré-COVID et post-COVID seront les mêmes ?

 

Emmanuel Parisot : « Oui et non. En fait, le tourisme n’est pas un blog monolithe, et il existe de très nombreuses réalités. De mon point de vue, dans l’hôtellerie, rien ne va changer. Il existe un savoir-faire reconnu qui peut toujours être amélioré grâce au digital, mais cela ne va pas transformer en profondeur la consommation du service. Ce n’est pas le digital qui va transformer la qualité de la literie ou l’emplacement. Est-ce que ça peut retirer certaines contraintes ? Oui sans doute, mais rien de fondamentalement transformationnel, car un hôtel est avant tout une ambiance et une expérience humaine. Dans l’aviation et le transport, les voyages vont repartir. Si la tendance va vers un verdissement du secteur, cette démarche est indépendante du COVID, car initiée bien avant. Le vrai changement ici sera avec les nouvelles technologies liées à la motorisation des avions, comme l’hydrogène par exemple, afin d’avoir des vols à zéro émission. En revanche, dans les domaines des services, de la restauration et des attractions touristiques, là oui, la pandémie a changé les choses. C’est le cas de la dématérialisation des salles de restaurant avec le cloud kitchen. C’est une simple cuisine qui travaille pour plusieurs restaurants en même temps et les plats sont préparés au même endroit. Ce sont des tendances qui vont rester et qui vont s’accélérer. En ce sens, le COVID a contribué à digitaliser les restaurateurs. ​» 

 

Quels sont les territoires qui profiteront le plus du tourisme dans le futur ?

 

Emmanuel Parisot : « En 2008-2009, pendant la dernière crise, je me souviens que l’Auvergne avait tiré son épingle du jeu, car c’était un territoire abordable et authentique. Or, dès que l’économie est repartie, on a vite oublié l’Auvergne. C’est un exemple, bien sûr, mais il faut bien garder en tête que près de 75% des touristes français restent en France. Le marché domestique est très important quand on le compare aux marchés germanique ou britannique par exemple. Or, ce tourisme local est très bien structuré et il est difficile de faire bouger les lignes, car il faut une offre, des hébergements, des transports, etc. Je ne vois pas la Haute-Marne détrôner la Normandie par exemple. Là où l’on peut assister à des effets de mode plus durable, c’est à l’international. C’est ainsi que des pays comme l’Islande ou la Croatie se sont beaucoup développés par exemple, au détriment de destinations comme la Tunisie ou le Maroc. ​» 

 

Les débordements du tourisme ont été très médiatisés ces dernières années. Est-ce que le tourisme est devenu fou ?

Emmanuel Parisot : « Longtemps perçu comme une recette miracle capable de rapporter beaucoup d’argent, le tourisme s’est développé de manière anarchique. On s’aperçoit aujourd’hui qu’il détruit des environnements naturels, qu’il pollue, qu’il bouscule les habitudes des locaux et qu’il fait disparaître des traditions au profit d’une standardisation de l’industrie. Dans le futur, je verrai un tourisme qui doit être mieux régulé et contrôlé. Sans forcément parler de contraintes, on peut parler d’un certain contrôle. C’est le cas pour limiter le nombre de touristes dans un lieu comme Venise, par exemple, ou de mieux fiscaliser AirBnB. La loi a toujours un temps de retard sur la réalité. Elle n’intervient qu’en cas de dérapage constant et prend du temps à être mise en place. Je crois que les grandes questions sociétales sont un tout qui doivent être intégrées dans le tourisme de demain, comme l’écologie, la justice sociale, ou un meilleur partage des ressources. Et c’est ici, la responsabilité aussi des acteurs du tourisme qui ont leur part à jouer. ​»

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