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Histoires d’aéroports : de Berlin à Paris, entre échecs notoires et projets mal ficelés

À la fois symboles de voyages, de liberté et de progrès technologiques, mais aussi de pollution et de nuisances, les aéroports – et leurs avions – sont une source de crispation à un moment où notre société évolue comme jamais. Transformation digitale, démocratisation du tourisme, crise sanitaire, question écologique et réchauffement climatique… les sujets clés en lien avec les aéroports ne manquent pas en ce moment. Loin des paillettes et des mégahubs clinquants, nous vous emmenons aujourd’hui dans des projets d’aéroports qui, sur le papier, semblaient parfaits, mais qui se sont surtout révélés embarrassants pour ceux qui les portaient. 

Berlin : le meilleur exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire

S’il n’y avait qu’un « fail ​» à retenir, ce serait celui-ci : l’aéroport Willy Brandt de Berlin-Brandebourg. Revenons un moment au début de l’histoire. Avec la réunification de l’Allemagne en 1990, il était devenu essentiel de rationaliser les infrastructures de la ville longtemps coupée en deux, qui comptait alors trois aéroports. À l’origine du projet, une initiative plutôt louable avec un symbole de modernité pour un Berlin réunifié grâce au futur aéroport de la ville.

Il devait être construit en 5 ans, il en a mis 14. Il devait coûter 2 milliards d’euros à l’Allemagne, il lui en a coûté 7. Un fiasco industriel qui a finalement ouvert ses portes dans la douleur à l’automne 2020, en plein dans la crise sanitaire alors que le trafic aérien s’est effondré !

Les raisons qui expliquent cet échec sont nombreuses et représentent tout ce qu’il ne faut pas faire dans un projet de cette dimension. Le premier point concerne sa localisation. En effet, il est situé entre deux Länder allemands : celui de Berlin et celui de Brandebourg. Or, comme dans la plupart des pays fédéraux, ces grandes régions sont des entités politiques et juridiques indépendantes et très puissantes. Avoir deux gouvernements partie prenante d’un même projet a généré un problème de gouvernance majeur. Les prises de décisions sont ralenties et au processus bureaucratique s’ajoute un déficit de compétences au sein du conseil de surveillance, composé en très grande majorité d’élus n’ayant jamais eu à mener un projet d’infrastructure comparable. 

De plus, ce projet d’aéroport ne disposait pas de maître d’œuvre unique. Sans chef d’orchestre aux commandes, les musiciens ne peuvent pas jouer ensemble. Résultat : un manque de coordination entre toutes les entreprises qui ont travaillé sur le chantier avec de nombreuses erreurs de construction et des milliers de malfaçons (escalators trop courts, système anti-incendie défaillant, etc. ). Pire : au moment de son inauguration en 2020, seul un terminal sur cinq est opérationnel et il est déjà presque dépassé, car construit avec des schémas et modèles qui dataient du début des années 2000.

Roissy-Charles-de-Gaulle : le terminal abandonné

Agrandir les aéroports est une manière de répondre à l’augmentation de la demande. Dans le cadre de l’aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle, le projet colossal de construction du nouveau terminal 4, estimé entre 7 et 9 milliards d’euros, devait permettre d’accueillir jusqu’à 40 millions de passagers supplémentaires par an à l’horizon 2037, et d’absorber environ 450 vols de plus chaque jour. Un terminal déjà en retard de trois ans qui a finalement été abandonné en février 2021. En cause, un projet obsolète, qui ne correspondait plus à la politique environnementale actuelle et aux exigences d’un secteur en pleine mutation selon le gouvernement. Il faut dire que la crise sanitaire et la chute du trafic aérien sont aussi passées par là. Or, entre des perspectives de forte croissance du trafic à revoir et des impacts écologiques bien réels (augmentation massive du nombre de passagers, des vols, de la circulation automobile induite et des émissions de gaz à effet de serre liées à la construction), ce projet de nouveau terminal sera finalement resté dans les cartons. 

Notre-Dame-des-Landes : une saga qui aura duré 50 ans

Enfin, comment ne pas parler du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes dans ces histoires d’aéroports ? Un projet qui remonte à… 1963 à côté de Nantes, à une époque où l’on craignait que le Concorde n’ait pas assez de carburant pour un vol transatlantique ! Après de nombreux atermoiements, c’est en 2003 que le projet rebondit avec la désignation de la société Aéroports du Grand Ouest comme concessionnaire pour 55 ans. Les recours juridiques s’enchaînent et la situation se tend avec des manifestations de plus en plus fréquentes. Le futur aéroport devient une zone à défendre (ZAD) et le projet s’embourbe. Le 17 janvier 2018, le Premier ministre Édouard Philippe annonce finalement l’abandon définitif du projet de Notre-Dame-des-Landes. C’est donc une saga d’un demi-siècle qui s’achève pour un aéroport qui n’aura jamais vu le jour.

À travers ces histoires, il est normal de s’interroger sur le transport aérien. L’aviation est-elle un transport du passé ou du futur ? Quelles alternatives pourraient émerger dans les années à venir ? Quels seront les impacts sur le monde du tourisme ? Assistera-t-on à des avions non polluants dans un avenir proche ? Dans un monde qui évolue très vite, ces questions restent passionnantes pour inventer le tourisme du 21e siècle. 

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