Back to the future : c ’ était comment le tourisme au début du 20e siècle ?

Aujourd’hui le tourisme s’est démocratisé. À tel point que l’on parle de tourisme de masse ou de tourisme « instagramisé ». Les pessimistes parlent d’un tourisme destructeur sur l’environnement urbain et naturel. Les optimistes louent la capacité du tourisme à se réinventer constamment et à développer de nouvelles formes de voyages plus respectueuses et plus inclusives. Mais ce que l’on prend pour acquis aujourd’hui est très loin de ce qui existait jusque là. 

 

Si le tourisme est né au 18e siècle, il ne concernait qu’une poignée d’élus : les aristocrates britanniques qui faisaient « le grand tour », c’est-à-dire un voyage initiatique d’un an à travers l’Europe. Un mode de vie qui a ouvert la voie à une industrie nouvelle qui a véritablement explosé au cours du 20e siècle.

Entrez dans la DeLorean et repartons au début du siècle dernier ! 

De 1900 aux années 1930 : un tourisme élitiste et colonial

C’est à l’occasion de l’exposition universelle de Paris de 1900 qu’Édouard et André Michelin lancent le célèbre guide qui porte leur nom. Ils font le pari de s’adresser à une population de plus en plus mobile et anticipent le développement de la voiture – encore embryonnaire à cette époque. C’est le coup d’envoi d’une série d’initiatives qui ne s’adressent toutefois pas à tout le monde.

 

Au début du 20e siècle, le tourisme est encore exclusif, mais l’État prend conscience de son potentiel. C’est ainsi qu’en 1910 est créé l’Office National de Tourisme, et qu’en 1913 la loi sur les Monuments Historiques, qui vise à recenser et à protéger le patrimoine français, est promulguée.

 

La France et les autres pays européens misent également sur leurs colonies pour promouvoir un tourisme d’un nouveau genre. Maroc, Indonésie, Singapour, Vietnam… les touristes voyagent, les clubs privés se forment, et les compagnies de chemin de fer construisent voies ferrées et grands hôtels partout dans le monde.    

 

Le tourisme continue sa progression dans l’entre-deux-guerres. En 1919, on classe les stations climatiques , thermales et de tourisme, en 1921 la famille Rothschild investit dans la création d’une station dédiée aux sports d’hiver à Megève, et en 1924 se tiennent les premiers Jeux Olympiques d’Hiver à Chamonix.

 

Le tourisme se développe, mais reste réservé à une clientèle très fermée. Les déplacements sont longs et difficiles et les infrastructures restent très limitées. Mais une date va marquer les esprits et devenir le point de départ d’une nouvelle transformation de l’industrie : 1936.

1936 : le Front Populaire et les congés payés

Après deux siècles au cours desquels le tourisme est demeuré un loisir et un mode de vie des nobles, bourgeois et autres classes privilégiées, la décision du Front populaire de créer deux semaines de congés payés constitue un changement important. Après une grave crise économique, une coalition de gauche remporte les législatives. Entre mai et juin 1936, 2 millions de grévistes sont dans la rue et les chefs d’entreprises et syndicats négocient avec le gouvernement, ce qui débouchera sur les accords de Matignon. Des avancées sociales majeures sont obtenues, comme des augmentations des salaires, la semaine de 40 heures et les 2 semaines de congés payés.

 

Si tout le monde ne peut pas partir en vacances, le mouvement est lancé : à l’été 1936, près de 600 000 billets de train sont vendus pour ces premiers congés. Ils seront près de deux millions l’année suivante. La Côte d’Azur et dans les stations balnéaires deviennent incontournables

 

On assiste alors à la création d’une culture des vacances inédite. Les Français partent, découvrent le pays et ceux qui le peuvent s’aventurent loin. Hélas, la Seconde Guerre Mondiale va donner un brusque coup de frein à l’explosion du tourisme.

De la libération aux années 50 : la renaissance

Après 6 années de guerre, le tourisme n’est pas une priorité au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Il faut attendre le début des années 50 pour que s’ouvre une nouvelle phase. 

 

C’est en 1950 qu’une institution du tourisme moderne se crée : le premier « Club Med ». L’idée vient d’un entrepreneur belge qui base son succès sur une approche simple : un forfait tout compris pour faciliter les rencontres en abolissant les barrières de l’argent, et des activités sociales et sportives inclusives où tout le monde peut participer. C’est le début de l’ère consumériste du tourisme. 

 

Tout s’enchaîne alors rapidement : le transport aérien se popularise avec la création de la classe économique en 1952 (alors appelée classe  « touriste ») et la naissance du vol charter en 1954. En mars 1956, la France octroie une troisième semaine de congés payés à ses travailleurs et le tourisme social s’envole. On construit des camps, villages et structures d’accueil pour les familles avec peu de moyens. Le camping, autrefois pratique élitiste de la vie au grand air, devient le symbole d’un tourisme facile, peu cher et populaire.

 

Connaître le tourisme d’hier est indispensable pour mieux appréhender celui de demain. Le tourisme n’est pas qu’une industrie déconnectée de son environnement. C’est un secteur d’activité fascinant qui a un impact considérable sur les plans sociaux, économiques et environnementaux. Le tourisme construit aussi la société dans laquelle nous vivons, et a fait la fortune de nombreux visionnaires et entrepreneurs à une époque où il était osé d’imaginer de pouvoir en vivre. Et vous, serez-vous le futur visionnaire du tourisme prêt à casser les codes existants ?

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